mardi 3 août 2010

Sommeil.

Elle a cette sensation de flottement, comme dans un rêve, un très beau rêve. Elle ne discerne plus rien de ce qui l'entoure. Où elle se trouve, s'il fait jour, rien. Juste cette brise qui vient lui effleurer le visage, à peine perceptible. 

Puis, péniblement, son corps s'anime de spasmes incontrôlables, sa gorge se noue, une douleur au ventre grandit, impression de coups de couteau dans l'estomac. Elle doit prendre son pouls, savoir si elle ne rêve pas, si elle est en état juste d'ouvrir les yeux. Deux doigts sur le cou... Son coeur bat vite, très vite, trop vite. 

Encore quelques seconde de répit, et elle ouvre les yeux. Ses pupilles se rétractent, l'endroit est lumineux. Il fait frais, de la verdure tout autour, le bruit du vent dans les feuilles. La seule vision qu'elle a à ce moment là, la cime des arbres. Ils dansent en rythme avec les bourrasques de vent. Comme s'ils allaient se casser en deux. comme s'ils allaient s'écraser sur elle. 
Elle a les bouts de doigts ankylosés. 
Brusquement elle se tourne légèrement sur son flanc gauche et vomis. Impression de se vider complètement, de sentir ses tripes sortir.
Elle est maintenant à quatre pattes, et essaie de se redresser tant bien que mal.
Regard furtif sur la montre, remise en route de la musique. 

Ce jour là, elle a couru jusqu'au moment de rechuter un seconde fois et de s'endormir d'un sommeil profond...

lundi 12 juillet 2010

Comme les touches d'un piano ...



Toujours ces mêmes notes de musique, cette comptine qui résonne dans la pièce, dans sa tête, lorsqu'il y a cette sensation d'écroulement. Seul le piano joue cette mélodie si douce à l'oreille, et quand elle l'écoute, elle se sent forte, plus qu'elle ne l'a jamais été, qu'elle ne le sera ; Elle a cette impression d'avoir tout à porté de main, là tout près, cette sensation de pouvoir tout réussir, tout oublier, s'en aller aussi.
Pas un silence dans cette comptine, pas une absence, ça roule, ça coule, ça chute et c'est irrémédiable, et puis tout recommence, sans arrêt. 

Elle repense à une discussion qu'elle a eu la veille, et cette question : " de quoi as tu vraiment envie, qu'est ce qui te ferait plaisir dans la vie ? ". Aucune réponse ne lui est venue, rien qu' un long silence, un regard interrogateur, un peu apeuré. N'ai pas d'envies... N'es pas sûre de les réaliser alors à quoi bon se bercer d'illusion, à quoi bon croire en quelque chose qu'elle n'est pas sûre de toucher du bout du doigt.

Et cette mélodie continue de jouer, et comme un tourbillon, elle emporte tous les rêves qui se forment à l'horizon...

lundi 5 juillet 2010

En nuit ...


A ce moment, il ne lui reste plus qu'un seul sens ; l'odorat. Elle se sent hors de son corps, sa vision est trouble, les herbes hautes ne viennent plus fouetter ses jambes nues, seule l'odeur de sève, des terre humide et d'eau vient lui rappeler qu'elle court. A partir du moment où elle a lacé ses chaussures et que ses jambes se sont mises à se délier en une foulée souple et régulière, son coeur s'est enfin remit à battre, la circulation de son sang a reprit son cours normal.



L'ennui, aussi loin qu'elle s'en souvient, l'a toujours habité, l'a toujours rongé. Lorsqu'a l'école on répète tous les jours la signification de la petite et de la grande aiguille, elle, elle portait déjà un montre autour de son poignet. Lorsque ses calculs étaient terminés, bien avant tout le monde, elle appuyait la tête contre sa montre pour écouter le tic tac et comptait jusque 60. Cela pendant longtemps. L'ennui était déjà là. Elle attendait avant de partir à l'école, elle patientait longuement avant d'entendre la mélodie signalant la fin de la récréation sonner. Encore aujourd'hui c'est le même rituel. Voir les heures lentement s'écouler, goute par goute, en s'ennuyant.

Mais lorsqu'elle court, son corps sort de la veille, revit, renait. Plus elle s'éloigne de cette maison, plus ses sens se mélangent, plus son corps l'abandonne. Comme une drogue, c'est la transpiration et le souffle court qui peuvent l'amener à l'overdose, au malaise, au manque de force. 
La maison s'est transformée en hôpital psychiatrique, elle étouffe, elle boit, pour tout oublier et ne plus regarder ces deux aiguilles qui depuis des années, viennent la triturer seconde par seconde, heure par heure, sans relâche.

mercredi 30 juin 2010

Des illusions ....

D
C'est tellement bon, elle sent les touches du clavier glisser sous ses doigts. Elle aime cette sensation, ce flottement du corps et de l'esprit.
Aller encore une gorgée, juste une. Ca lui brule la gorge, de cette douceur sucrée si agréable au palet. Sa vue est meilleure, la musique résonne dans sa tête.
Encore une aller !!! La musique explose dans sa tête, jamais elle n'a perçu les paroles comme aujourd'hui. Son corps bouge tout seul au rythme de cses notes qui lui plaisent. Oui ça lui plait.
Quoi ? Une simple dispute, comme les autres, des mots qui te blessent encore. Tu ne tiens plus, tu veux t'évader, lâcher prise.
Le sourire revient sur ces lèvres. Je suis bien, enfin je le suis. Pas pour très longtemps je sais. Elle s'en fiche.
Elle est bien, elle respire un peu. elle ne sent plus ce corps si moche. Je suis belle, enfin.
Vais en reprendre un peu ...
Les images bougent. qu'est ce que c'est bon. N'a pas l'habitude alors vite cet effet de flottement. Elle ne danse jamais, mais c'est incontrôlable.
Savais pas que le parquet pouvait être si souple. Je suis bien ! Comprenez moi. Je sais que personne ne lit ces billets, et franchement ça ne fait rien, commence a avoir l'habitude. Mais voila je suis bien, enfin.
Je devrais peut être arrêter de manger, si je suis seule aujourd'hui, enfin si elle est seule, c'est que quelque chose cloche non ?
Aller encore une gorgée, toujours plus, comme en courant, toujours plus loin !
Oui, le sourire sur ces lèvres efface ces dix ans d'absence. L'abime du temps, n'a plus. Papa, il est là !
Encore une gorgée ...

jeudi 17 juin 2010

On the road again.



Toujours l'angoisse qui est là. Pour tout. Comprends pas trop pourquoi. Peur de mal faire, peur de ne pas être à la hauteur, sais pas trop... Le coeur qui s'affole, les mains qui tremblent. Besoin de lâcher prise, un peu. Peut être beaucoup, surement.

Elle doit tout contrôler, de A jusque Z, faire de son mieux pour accepter son image, son corps. Ce corps qui prend trop de place, qui n'est pas à sa place. 

Contradiction. 

On sort le short pour courir, mais on accepte pas son corps. Comprend pas non plus. Elle veut certainement entendre ces mots qui blessent, ces moqueries qui seraient justifiées, face à ce corps, cette chaire si repoussante. Alors on continue, on cours, des heures, pour tester ce corps, voir sa résistance, se préparer au combat. Un combat qui ne vient jamais.

Mais qui sait, faut être prêt.

Elle ne l'est pas encore ...

mardi 1 juin 2010

Bribes.

Les odeurs se mélangent, et tout lui revient. L'odeur du macadam légèrement mouillé, cette odeur vraiment spécifique. 
Les images explosent, défilent. Une entrée de maison, un petit vélo, une veste d'homme, une voix. Ca va trop vite. Elle essaie de mettre une image a l'odeur qui lui pique le nez. Une barrière, une allée d'arbres, du gravier rouge. Stop la ça y est. Un homme, avec une veste noire, ou verte très foncée. Le vélo est rose, avec deux petites roues a l'arrière. Un légère pluie, on sent qu'une grosse averse arrive. 
La tête tourne, une voix aigu résonne. Un rire, ou un cri. Elle referme les yeux, se concentre, les images défilent toujours aussi vite. Bribes de souvenirs, faut pas lâcher, faut que ça défile ... Comme des éclairs, explosion, flashes. Et là, elle fait une halte. La scène est claire, nette, très précise. La petite fille sur le vélo rose, les petites roues ne touchent pas le sol. "Aller Papa, il pleut, aller ! " Elle pédale de toutes ses forces, son père court à ses coté. Les pas du grand monsieur laissent des traces sur les graviers rouges. Et puis la un cri, des pleurs. La petite fille vient de chuter. Mais...... mais cette petite fille, c'est elle. Les vélo près d'elle, la roue arrière qui tourne toujours. Les corps au sol, et l'odeur. Une odeur de mouillé, de Macadam mouillé, c'est ça !!! Ca arrive la comme une gifle. 

Combien de temps a-t-elle mis pour rassembler tous ces souvenirs, pour faire l'association, pour voir ses images s'effacer à jamais ?

samedi 29 mai 2010

...

La souffrance est lâche : elle recule devant la puissance du vouloir-vivre qui est ancré plus fortement dans notre chair que toute la passion de la mort ne l'est dans notre esprit.




Mrs C... dans Vingt-quatre heures de la vie d'une femme, de Stefan Zweig.

samedi 22 mai 2010

La plus haute réalité ...





Aucun homme n'a jamais suivi son propre génie jusqu'au point où il l'égare. Bien qu'il en résultât une faiblesse physique, personne sans doute ne peut dire qu'il fallait en déplorer les conséquences, car celles-ci correspondaient à une vie en conformité avec des principes plus élevés. Si le jour et la nuit deviennent tels que vous les saluez joyeusement, et si la vie produit une senteur pareille à celle des fleurs et des plantes aromatiques, si elle est plus souple, plus étincelante, plus immortelle, en cela réside votre réussite. La nature tout entière vous acclame et vous devez momentanément vous accorder à vous-même votre bénédiction. Les plus grands biens et les plus grandes valeurs sont loin d'avoir été reconnus. Nous en venons facilement à en douter. Bientôt, nous les oublions. Ils sont pourtant la plus haute réalité... La vraie moisson de ma vie quotidienne est quelque chose d'aussi intangible et d'aussi indescriptible que les teintes du matin et du soir. C'est un peu de poussière d'étoile, c'est un morceau d'arc-en-ciel que j'ai attrapé.


Henry David Thoreau, Walden ou la vie dans les bois

mercredi 12 mai 2010

Doucement ....


Ca s'effrite, doucement, sans faire de bruit. Mais ça s'effrite. Sourire de façade toujours de rigueur. Mais voila, n'arrive pas. A la maison, tout s'effondre. On s'écroule, puis le lendemain matin on recommence. Dégout de soi, de ce corps, de cette tête toujours aussi vide. On s'endort sur des mots qui nous emportent, on somnole durant la journée, puis au soir on ne peut plus dormir, trop de pensées, trop de regrets, trop de honte .... Et on continue a lire, pour connaitre la vie de quelqu'un d'autre, pour oublier. On fuit le contact avec les autres, de peur d'embêter peut être, conscience que sa place n'est pas ici, qu'elle n'est nulle part. Peur du passé, peur de l'avenir, peur tout simplement.

Et voila, les journées passent. On ne profite pas, n'a pas le droit, toujours lutter, pour ne pas craquer, pour ne pas révéler comme on peut être fragile, faible....

Le manque de sommeil nuit gravement à la santé. Et le manque de vie alors ?




"Dans la viecontrairement auxéchecs, la partie continue après échec et mat"