Le jour, je pense, le pire de l'année, ce sera pour demain. Anniversaire, mon anniversaire. Savais pas, 17 ans plus tôt que papa aller crever d'une crise cardiaque, que maman allé danser avec deux cancers et que moi j'allais me retrouver au milieu de tout cela.
Peut être que tout ce qui se passe est écrit quelque part, la faute au destin en quelque sorte, ou alors je suis la "fautive". Je penche pour la deuxième option.
J'aurais pu aider papa, le sauver, l'entourer d'une bienveillance, enfantine certes, mais une bienveillance quand même. J'aurais pu ...... Je n'ai que ces mots la à la bouche, des mots de regret, de dégout et d'impuissance. Des phrases qui résonnent dans le vide, un corps qui prends trop de place et une tête encore bien vide. Voudrais changer le passé, mais suis même pas capable de dessiner le présent.
En gros, je voudrais que demain, les gens m'oublient, que ce jour disparaisse, parce que je suis encore incapable de me dire que papa ne sera encore une fois pas la, qu'il ne me dira pas ce "joyeux anniversaire" que j'attends depuis dix ans maintenant. Les "joyeux anniversaire" des autres me donne surtout envie de pleurer et de vomir, font réapparaitre le goût amer d'une absence infinie et monstrueusement difficile.
dimanche 28 février 2010
dimanche 21 février 2010
...
C'est toujours étrange de se rendre compte que tout ce qu'on fait n'est rien, que toutes les tentatives pour s'en sortir sont vaines, que si on remonte un peu la pente, on s'écroule quand même, c'est indéniable. Sait pas pourquoi elle n'arrive pas à faire face ; faiblesse surement, caractère peut être ...... Voudrait être forte, faire bonne figure (sourire de façade pour elle, de bonheur pour les autres), y arrive de mieux en mieux, même un vrai sourire des fois.
Et puis, à la maison, tout s'effondre.
S'écroule, pleure, veut papa, veut quelqu'un pour la rassurer, pas un père de remplacement, pas des mots qui sonnent faux, pas de la pitié, mais une certaine chaleur, quelque chose qui fasse partir cette poussière morbide autour.
Froid tout le temps, halo de mort qui vous enlace, qui vous nargue et qui enfin vous achève....
Et puis, à la maison, tout s'effondre.
S'écroule, pleure, veut papa, veut quelqu'un pour la rassurer, pas un père de remplacement, pas des mots qui sonnent faux, pas de la pitié, mais une certaine chaleur, quelque chose qui fasse partir cette poussière morbide autour.
Froid tout le temps, halo de mort qui vous enlace, qui vous nargue et qui enfin vous achève....
mercredi 17 février 2010
Partir.
Elle se sentait déjà bien seule sans papa, et maintenant plus aucun mot avec maman. Rien, le vide, le néant, la mort d'un sentiment déjà bien rongé. Elle déteste maman autant qu'elle aime papa. C'est difficile à assumer, mais elle n'en peut plus. Ces regards qui vous jugent, ces sempiternels reproches, ce peu de compréhension.
Oui elle vit mal la mort de papa et personne n'a jamais été la pour la protéger de cette absence, même pas maman. Les relations n'étaient déjà pas sublimes avant mais après le long et interminable voyage du père, ce fut pire.
Et aujourd'hui c'est fini. Plus un regard, plus un mot.
Ne veut qu'une chose : partir loin, très loin. Veut quitter cette maison qui lui donne la nausée, quitter cette famille qui n'en est pas vraiment une, TOUT quitter.
N'arrive plus à parler, difficulté même à dire un simple "bonjour". Quand le blocage se fait plus important, la noyade n'est que plus importante ....
mercredi 10 février 2010
Peur.
On peut être jeune et avoir très peur de vieillir. J'étais à l'hôpital hier, et je crois que je n'ai jamais eu aussi peur du temps et de la mort. Une vieille dame allongée dans un lit, agonisante, qui s'est vomi dessus et qui reste là dans le couloir ; Un autre monsieur, lui aussi très agé, qui n'a plus de jambes et qui souffre ; et un autre qui est dans la salle d'attente et qui demande à tout le monde s'il ne va pas à tel endroit : " Oui, car je devais me faire opérer aujourd'hui, mais ils ont repoussé les rendez vous au 11 Mars. " J'essaie de déchiffrer ses paroles, je lui répond que non je ne vais pas à cet endroit, et je détourne le regard. Je n'arrive pas à regarder la réalité en face. Réalité du temps et de la mort qui approche inlassablement. Veux pas vieillir comme ca. Veux pas vieillir du tout. Oui suis jeune, mais pour combien de temps encore. Vous vous êtes vu vieillir vous ?
Décrépitude, corps rongés, mémoire effacée, bonheurs oubliés, famille disparue.
" Alors que je vous rencontrai, je vis que vous n'aviez point conscience de ce que vous étiez, de ce que vous pouviez être... Il y avait en vous quelque chose de si particulièrement attirant que je sentis qu'il me fallait vous révéler à vous même, dans la crainte tragique de vous voir vous gâcher... car votre jeunesse a si peu de temps à vivre... si peu ! ... Les fleurs se dessèchent, mais elles refleurissent... Cet aubour sera aussi florissant au mois de Juin de l'année prochaine qu'il l'est à présent. Dans un mois, cette clématite portera des fleurs pourprées, et d'année en année, ses fleurs de pourpre illumineront le vert de ses feuilles... Mais nous, nous ne revivrons jamais notre jeunesse. Le pouls de la joie qui bat en nous à vingt ans, va s'affaiblissant, nos membres se fatiguent et s'alourdissent nos sens !..."
Ce que je ressens est mieux expliqué dans un livre que par moi même !
vendredi 5 février 2010
Image.
Sourire sans vraiment sourire, lire sans vraiment lire, vivre sans vraiment vivre, et mourir sans le vouloir. Elle garde espoir de voir un jour Papa, là devant elle. Elle croit sentir son odeur, entendre son murmure, toucher son visage ; relation charnelle. Destruction intérieure, espoir scandaleux. Sait plus quoi faire. Se mettre à parler pour ensuite se dire que ca n'en vaut pas la peine, que sa souffrance n'est que minime, qu'elle ne vaut rien au final. Ne trouve même plus les mots qu’il faut, vide partout autour d'elle, se demande même si le verbe aimer peut être dans son vocabulaire. Ne jamais s'attacher, pas souffrir, plus souffrir.
Image de Papa dans le cercueil, blanc, froid, quelque chose de monstrueux se dégageant de son corps sans vie. Dernier baiser, sur des lèvres froides et dures, baiser d'amour et d'adieu, de rage et de désespoir. La peau était douce, le rasage propre, de la veille ou du jour même.
Odeur de parfum, de son parfum. Ce parfum d'homme. Odeur piquante du pamplemousse et de la bergamote, pointe de thé et de muscade ou peut être de jasmin, odeur poivrée, inoubliable. A ce moment là, le cadavre n'est pas mort, ce n'est pas possible pour elle. Papa peut pas être mort, papa y sent bon, dit, il est pas mort papa...
Cette odeur est partout, elle lui colle à la peau. Peut plus vivre sans. Odeur de papa, odeur d'un cadavre qui sent bon. C'est ignoble, mais elle a aimé un cadavre dans son cercueil : les yeux fermés, la peau dure, la décomposition déjà commencée.
mardi 2 février 2010
Doux murmures.
Amertume d'un temps passé,
Douceur d'une enfance oubliée,
Acidité d'une absence éternelle,
Regret de cette relation charnelle.
Chaque jour, l'écho de ton murmure
Révèle en moi cette mort refoulée.
Je pense, j'écris mais enfin je rature,
Et les souvenirs viennent me happer.
Les forces m'abandonnent
Et le vide m'attire.
Plus jamais je ne verrai ce sourire,
Ni cette voix qui fredonne.
lundi 1 février 2010
samedi 30 janvier 2010
Calme et volupté.
Partie courir. Vent froid, ciel bleu, blanc près du soleil, respiration saccadée. Ne sent pas le sol sous ses pieds, ne ressent plus rien en fait. Hurlement silencieux, suivant le rythme des ses foulées.
Fait son tour habituel. Prend son temps de passage. Gagne plus d'une minute trente par rapport aux mois précédents. Mais là n'est pas la question.
Elle respire avec difficulté, impression des tomber, d'être ailleurs, comme si elle était hors d’atteinte ! C'est ce moment qu'elle recherche lorsqu’elle met un pied devant l'autre, lorsque son combat contre elle-même débute. Et là, seule, comme hors de son corps, elle n'entend que l'eau qui coule et vit près d'elle. Comme un chuchotement qui l'appel, qui lui demande de la regarder. Elle avance, sans réellement savoir ce qu'elle fait, s'approche de la rive et s'assoie. Regard comateux sur l'eau qui coule, froissement de la réalité environnante, flou permanent dans ces remous. Et elle se sent happée par tant de calme et de maitrise.
Vague de colère et courant d'espoir. Tout se mélange mais l'eau, elle, reste la même, imperturbable.
Ferme les yeux et écoute. Impression de sentir quelqu'un près d'elle, qui se baigne peut être, qui lui murmure des mots qu'elle ne comprend pas.
Sons mélodieux et voix sucrée. Houle de souvenirs, corps qui se crispe, bouche qui se sert. Mais l'eau l'apaise, lui montre le contrôle et elle comprend qu'elle doit laisser ses souvenirs se noyer ici, et aller nager ailleurs, laisser la nature suivre son cours et continuer sa propre course, seule.
Elle se lève et se remet à courir. Remet son chrono en route et c'est repartit. Mais elle ne peut plus s'arrêter. Voudrait courir jusqu'au bout du monde, s'épuiser, reprendre ses forces près de l'eau et recommencer.
N'a jamais couru aussi longtemps, 2 Heures 58 minutes et 28 secondes. Fallait qu'elle rentre. Personne pour l'accueillir, personne pour la soutenir. Jambes incontrôlables, tête lourde, regard vide.
Se souvient des paroles de sa mère, datant de la veille : " Je n'ai plus qu'un an à tenir avant de mourir. Je serai sûre à ce moment là que tu ne seras placée nul part." Les paroles résonnent, n'arrive pas à trouver le sens, comprend rien. Ne va pas mourir de maladie, pas un ultimatum des médecins qui vous disent le nombre de jours qu'il vous reste à vivre. Non, c'est SA décision, comme si chaque jour étaient une lutte contre la mort pour le bien de sa fille. Et dans un an, va l'abandonner, comme cela, va la laisser sans repères.
Et l'eau coulera toujours avec autant de calme et de volupté qu'aujourd'hui.
mercredi 27 janvier 2010
Noyade.
Sommeil fuyant, veut quelque chose de concret, ne plus rêver. Trop de mots qui tournent et la giflent, trop de rêves qui la noient, trop d'impuissance pour parler. Mutisme meurtrier, elle le sent bien, mais elle est son propre bourreau, lambeaux d'espérance et fardeau de vie, comme si celle ci ne voulait pas d'elle. Ses rêves ne sont mêmes pas là pour l'aider, n'aime pas l'incohérence et ce qu'elle ne comprend pas tout de suite, n'aime pas analyser ce qu'elle est, peur de la déception, elle est son propre tortionnaire faut pas l'oublier, et peut pas s'en défaire. Comment quelqu'un pourrait-il l'aider si elle même n'en est pas capable ? Les mots sont là pourtant, dans sa tête. Elle prépare toutes les scènes de la journée, préparation psychologique en quelque sorte, pour être parée au pire. Le sommeil est parti, l'a quitté, comme Papa, et personnes ne comprend qu'ils puissent lui manquer. Et maman, pas vraiment, jamais là. Personne sur qui s'appuyer juste un peu. Le sommeil qui s'éloigne, le doux berceau du rêve, qui même s'il l'écorchait, lui manque. Lit froid, cercueil, larmes de rage face à la personne détestable qu'elle est. Mettre des mots tranchants, cannibales, qui font mal, toujours, encore, peut plus... Elle abandonne le repos, les mots, la parole. Voit la pièce qui tourne, son corps faiblir sous le poids de la tension qui l'habite pour enfin s'écrouler. Elle fuit le sommeil parce que le besoin de parler est là mais qu'elle laisse le silence se faire supplice. Veut cracher sur le noir des mots, veut faire jaillir ce flot de paroles qui est là, au fond de son être, "ancre" de plomb et paroles emprisonnées. Appel au secours dans l’échos de son silence, de l’absence.
Ne parle pas, ne dort plus et peut plus écrire.
Heautontimoroumenos
Ne parle pas, ne dort plus et peut plus écrire.
Heautontimoroumenos
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